
Ce soir, dîner à l’extérieur, dans une tente de bédouin « commerciale ». C'est très agréable de pouvoir passer quelques heures tranquilles, à manger et parler d’autre chose que du conflit. Ça tombait à pic après ces premiers jours, longs et chargés en émotions. On avait bien envie de sortir faire un tour après manger, mais les jeudis soirs de Bethlehem sont plutôt calmes. Finalement on décide d’aller tagger le mur.
Au moment de repartir, des soldats des F.O.I. nous attendent un peu plus loin. On stresse un petit peu au début et puis on réalise vite que même si ils savaient qu’on venait de graffer le mur, ils ne pourraient pas y faire grand-chose. Ils commencent à parler et nous disent, en montrant des tas de pierres au sol, « Regardez ce que les arabes font » Quand je mentionne que si le mur n’était pas là les pierres ne seraient sûrement pas là non plus, ils ne répondent rien. Ils sont très jeunes. Ils nous accordent que ce mur est très laid, mais qu’il est nécessaire à la protection des juifs. On les salue et reprend notre route vers l’hôtel. Quelques centaines de mètres plus loin on tombe sur un officier de police palestinien. Ils travaillent à
BIL’IN, MANIFESTATION CONTRE LE MUR
Aujourd’hui, deux autres personnes et moi décidons de nous séparer du groupe pour aller à Bil’in assister à la manifestation non-violente contre le mur du vendredi. La manifestation de Bil’in a été source d’inspiration pour tous les palestiniens. Lapremière édition s’est tenue il y a trois ans, elle a été bien suivie et a obtenu quelques résultats. Récemment, la cour suprême a decide de modifier (un petit peu) le tracé du mur. Cela a donné de l’espoir au palestiniens.
Comme nous l’a conseillé R., jeune militant activiste hollandais, nous sautons dans le bus 18 de Jérusalem à 8h35. Mais à 9h00 on se rend compte qu’on l’a pris dans la mauvaise direction. On en saute et traverse la route pour attendre le 18 qui va dans le sens opposé. À 10h00 on est seulement 5 dans le bus : nous trois, un soldat israélien et un autre homme. C’est lui qui nous demande où nous allons. « Ramallah ???!! Vous êtes fous?! C’est le territoire arabe là-bas!” Le bus nous dépose au terminus. Où sommes-nous? Sûrement pas à Ramallah. J’appelle R. “Vous avez pris le bus palestinien?” Merde. Quels cons. Il y a évidemment deux bus numéros 18, l’un palestinien et l’autre israélien. On a pris le mauvais. On doit alors reprendre un bus qui lui nous emmène à une station de taxis. On saute dans un, le chauffeur est israélien et ne peut donc pas aller à Ramallah. Il ne veut pas de toute façon. Il n’aime pas les arabes. Je lui demande s’il est déjà allé à Ramallah rencontrer des arabes. Évidemment pas. Il finit par me dire qu’il habite dans quartier d’israéliens arabes (palestiniens détenant la nationalité israéleinne). Je lui demande alors s’il a des amis arabes dans son quartier. Non plus. Mais il parle à des arabes, et certains travaillent dans sa maison. Et vous avez déjà eu des problèmes avec eux ? Je demande. "Aucun". Il s’entend bien avec les arabes isaréliens, mais n’aime pas les arabes… Pas facile à comprendre. Quand je le lui fait remarquer, il dit que les arabes de Ramallah sont différents. On arrive au point de contrôle. Il nous dépose. Je lui dis que j’espère revenir un jour, et qu’il sera venu ici rencontrer les arabes et se faire des amis. « Utopie » il répond. Je le salue et lui promets de lui envoyer une carte de Ramallah. Après le checkpoint on grimpe dans un taxi palestinien.
On lui dit qu’on veut aller à Bil’in, et vite. Il “est déjà 11h00. On a quitté Jérusalem il y a presque deux heures. Notre chauffeur est très cool et m’apprend quelques autres mots arabes et conduit comme un fou. J’aime. Ana barhob musica Arabiya. On arrive enfin à Bil’in, il est midi. Quel périple.
On rencontre les autres manifestants, des gens du village et beaucoup d’étrangers. Je tombe su run français de Paris. La
On décide de retourner à pied au village. Une marche calme et paisible. Soudain, sans aucune raison, les soldats nous chargent à nouveau… certains tirent des gaz, d’autres, allongés, des balles en caoutchouc. Ils sont fous ou quoi ? Ils aiment ça, vraiment. Ils sont jeunes et s’emmerdent. C’est leur occupation. Il est difficile de ne pas les haïr. Mais je ne peux m’empêcher de penser que ce n’est pas leur faute, qu’ils sont pris dans l’engrenage d’un système pourri, que le problème est ailleurs, bien plus loin, bien plus profond.
On arrive finalement au village. On mange un falafel et discute avec un groupe de gamins qui veulent nous vendre de l’art palestinien. Je leur chante
Quelqu’un nous propose de nous deposer en voiture. On est rejoint par une américaine extraordinaire, qui a 65 ans et était en première ligne de la manif tout à l’heure… mais faut dire qu’elle est bien équipée et qu’elle fait ça depuis des années.
On grimpe dans un bus où on rencontre un couple de retraités français. Ils ne sont pas très renseignés sur le conflit, alors je les informe de la situation et leur propose de passer avec nous à pied le checkpoint suivant. Les étrangers sont autorisés à rester dans le bus au passage des points de contrôles, pas les palestiniens. Beaucoup d’étrangers décident de passer les checkpoint à pied en signe de soutien. Et ça emmerde toujours les soldats de
Quand on rejoint finalement le groupe, il est en train d’écouter le récit d’un ancien soldat israélien qui a refusé de combattre dans les territoires occupés. Il fait parti d’un groupe incroyable de soldats comme lui, sujets à la colère de leurs pairs pour n’avoir pas voulu combattre les palestiniens. Y. doit nous quitter maintenant. Aujourd’hui c’est Shabbat.
H. du centre d’information alternative nous rejoint maintenant, et nous donne son étonnante analyse du conflit. Pour lui la seule solution viable est celle d’un seul état. Cela signifie la fin d’Israël en tant qu’état juif. Pour lui, cet état est par définition un état raciste.
Fin de la journée. Tout devient de plus en plus incroyable. Quand cette terrible et injuste occupation va-t-elle s’arrêter ?
Là je suis à Jérusalem, dans un cyber café, j’écoute musique Arabiya. Je suis crevé. Physiquement et émotionnellement.
Tisbah al khair.
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