samedi 10 novembre 2007

JOUR 4




D’abord je veux vous dire quelque chose que j’ai oublié de vous dire hier. Quand tu quittes Bethlehem par le pont Tantur, tu dois passer un premier checkpoint, et puis t’arrêter 5 mètres plus loin pour ne passer un autre. Ça c’est fait.

Je pourrais écrire et parler d’aujourd’hui pendant trios mois mais je n’ai qu’une trentaine de minutes. Je ne vai pas avoir le temps de me relire, alors encore une fois je m’excuse d’avance des possibles erreurs grammaticales et fautes de frappe.

Aujourd’hui a été incroyable. Pourquoi ? Hébron et les bédouins.

Commençons par Hébron.

HEBRON

Nous rencontrons R., une femme incroyable membre de l’association “Women in black”, du ICAHD, de Mashom Watch et d’à peu près toutes les organisations pour le droit, la paix et la justice qui existent. Avec nous dans le bus elle a dû se cacher à l’arrière car les israéliens n’ont pas le droit d’aller dans le West Bank. La raison officielle à cela est que l’armée ne peut les protéger là-bas (assez ironique quand on sait que les Forces d’Occupation Israéliennes sont omniprésentes dans la région). Mais la véritable raison est que pour le gouvernement israélien, le West Bank (: la Palestine), n’existe pas et que les citoyens israéliens ne doivent pas savoir ce qu’il s’y passe. Pendant que vous lisez, gardez toujours en tête que Hébron est une vile palestinienne. Hébron, très connue pour ses vignes excellentes, et ses colons israéliens ultra-extrémistes.

Environ 4000 palestiniens vivent dans la vieille ville d’Hébron (ce nombre diminue chaque année). Environ 400 colons vivent dans la vieille ville d’Hébron (ce nombre augmente chaque année). La plupart d’entre eux viennent des États-Unis. Ils sont protégés par quelques 1500 soldats. Vous avez bien lu. La première impression que donne Hébron est celle d’une ville israélienne. Les rues sont peuplées de soldats de la F.O.I. et de juifs orthodoxes…Etonnant.

La deuxième chose qu’on remarque est la présence de checkpoint ou de point de contrôle des F.O.I. tous les 300 mètres. Encore une fois c’est fou, Orwellien. Je décide d’aller parler à un soldat posté à l’entrée de la ville. Il est plutôt sympa et assez content de discuter avec moi (malgré mon caméscope qui tourne)

Vous imaginez ma surprise quand je me rends compte qu’il parle parfaitement français. Il est libanais (du sud) et chrétien en plus. Quand je lui demande ce qu’il fait là, à servir les F.O.I., il répond qu’il a toujours voulu s’enroler dans la Force. Il est arrivé en Israël il y a 7 ans, s’est fait naturaliser et a rejoint l’armée. Il lui reste un an de contrat, me confie que ce boulot est vraiment chiant, et qu’il n’a plus qu’une envie, quitter l’armée et aller étudier l’architecture à l’université de Jérusalem.

Il a l’air de quelqu’un de vraiment sympa, cool, il m’offre même un peu de son repas. Et ça me fait bizarre de me dire que ce mec pourrait être un pote.

Je le laisse et rejoins le groupe. Un peu plus loin, une patrouille des F.O.I. procède à l’arrestation d’un palestinien. Les soldats nous défendent de prendre des photos, de filmer, ou de leur parler. Je m’éloigne un petit peu et commence à filmer.

Un peu plus tard nous croisons un gars en jeans et basket, avec une mitraillette. C’est un colon. Ici les colons sont armés. Cet endroit fout la trouille. L’accès habituel, et le plus rapide, à la vieille ville est désormais fermé, et comme tout le monde depuis sa fermeture, on doit faire un stupide détour et marché beaucoup plus que nécessaire pour y arriver.

On arrive à un autre poste F.O.I. et j’engage à nouveau la conversation avec un soldat. Il est si jeune. Il me dit qu’il déteste vraiment Londres. Il me dit aussi qu’il faut être vraiment très prudent parce que ce poste de contrôle est le dernier avant l’entrée dans le territoire arabe, et qu’après cette limite, il ne sera plus là pour me protéger, et que je serai en danger. Là-bas c’est l’Irak, il dit.

Ah, au fait, il n’a jamais posé un pied à Londres, et n'a jamais vraiment parlé à aucun arabe de l’autre côté.

Nous passons alors en Irak, et quelle surprise! Le chaos est plein de vie, d’échanges, de mouvements…

Je discute avec un très vieux palestinien qui ne semble pas arriver à comprendre que ce n’est pas parce que je sais dire A salamu alaykum en arabe, que je le parle couramment. Un autre palestinien arrive et nous sert d’interprète “Regarde, tu as deux pieds et deux chaussures. Peux-tu mettre les deux pieds dans la même chaussure ? »

“L’interprète” me dit qu’il a beaucoup d’amis juifs, qu’il fait du commerce avec eux. Il veut juste vivre, normalement. Rien de plus.

On se balade dans la ville, on passe par le marché couvert… par un filet (les colons ont acheté les maisons qui entourent la place du marché, et de leurs fenêtres, jettent des pierres et des ordures aux palestiniens qui font leur marché. Et « pierres » ne veut pas dire « cailloux ». On remarque même un parpaing. Difficile à croire. Et à comprendre.)

Juste avant de partir, on discute avec un autre soldat, aussi jeune que le précédent, et il nous dit “La vie est dure ici…pour nous » et « Vous êtes pour Israël ? » Quand je lui dis que je suis là pour essayer de voir par moi-même et de comprendre la situation, il me dit que je ne peux pas comprendre, et ne comprendrai jamais. « Des palestiniens ont essayé de nous poignarder il y a deux jours . » Il porte un gilet pare-balle et un fusil M16 « J’ai l’air plus fort qu’eux avec cet équipement, mais je ne le suis pas. » P. du groupe, lui dit "Mais si tu l’es!". Nous devons malheureusement partir. Je sentais que cette discussion aurait pu être très intéressante.

De retour dans le bus. R. nous parle d’un autre mythe qui voudrait qu’Israël traite la femme comme l’égale de l’homme. Quand Israël a été créé, en 1948, Ben Guiron voulait que la famille soit régie par les lois religieuses. Pas de mariages laïques, impossibilité pour une femme de divorcer sans l’accord du mari...

Dans les manifestations anti-occupation la majorité des participants sont des participantes.

Nous quittons Hébron. Ville incroyable. Contraste édifiant entre la partie palestinienne et l’isarélienne.

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