vendredi 9 novembre 2007

JOUR 3

MERCREDI 7 NOVEMBRE, 2007


Nous commençons la journée avec A. de Maschom Watch, une organisation de femmes qui parcourt les checkpoints pour vérifier que les droits de l’homme y sont respectés (ça n’empêche pas qu’ils ne le soient pas, mais bon).

Les checkpoints sont là pour la sécurité on nous dit. Comment expliquer alors que la plupart se trouve entre des villages PALESTINIENS ? Ça n’a aucun sens. Le tracé du mur est aussi complètement incohérent. Et au fait, ils veulent qu’on l’appelle une « clôture de sécurité ». je n’ai jamais vu de clôture 2 fois plus haute et 3 fois plus large que le mur de Berlin. Et vous ? Ce MUR est énorme. Il traverse des villages. Il traverse des universities. La plupart des commerces ont fermée à cause du mur. Ce mur est une autre « astuce » pour le nettoyage ethnique qui s’opère.

Les colonies ont pris une telle ampleur (Maale Adumin est une véritable ville, avec 4 piscines, un immense centre commercial, un parc…) qu’il n’y plus aucun moyen qu’elle soit démantelées. Le gouvernement assure que cela va dans le sens d’une solution à 2 états, mais les colonies maintenant établies rendent cette alternative impossible.

Nous arrivons finalement à un checkpoint, à L’INTÉRIEUR d’un village palestinien, qui coupe même, en fait, le village en deux. Les voitures ne sont pas autorisées dans le village, alors les villageois se garent à l’extérieur, puis marchent jusqu’à chez eux, avec leur sacs de courses, leurs affaires…

Nous sommes « accueillis » par un inquiétant soldat israélien. Il voit que je suis en train de filmer et ça n’a pas l’air de l’enchanter vraiment, je cache mieux mon caméscope. On veut lui poser des questions mais il refuse. Il nous demande de partir. Maintenant. Je me dirige vers un autre soldat mais “l’inquiétant” et super-armé m’en dissuade. Il est le chef ici. On lui obéit, après quelques minutes.

Notre prochaine étape est l’université de Bethlehem.

À notre arrivée à l’université nous sommes accueillis par les étudiants qui sont très contents que des européens viennent…les voir. Ils parlent un très bon anglais. Ils nous emmènent pour une visite du campus.

D., un des étudiants, explique que ses parents ont dû partir vivre au Koweit car ils ne trouvaient pas de travail ici. Elle habite ici, avec sa sœur.

Quand je demande à A., un autre étudiant, s’il est religieux, il répond:

« Non, je ne le suis pas. Je crois qu’il y a quelqu’un là-haut, mais je prierais avec les chrétiens, les musulmans et les juifs. » Il me dit aussi que sa maison a été démolie 3 fois. Tous les palestiniens ont semble-t-il vécu les mêmes expériences de dépossession, d’humiliation…

Une autre étudiante, infirmière, nous dit qu’il lui est impossible de travailler dans les hôpitaux israéliens (les meilleurs).

Et puis on doit partir. Mais je décide de rester et de déjeuner à la cantine de l’université, avec 4 étudiants et deux autres membres du groupe. On parle de tout sauf de l’occupation et du conflit. Quand je leur demande s’ils ont accès aux emails ils éclatent de rire. Les palestiniens ont des emails, internet, regardent la TV, aiment la musique (même si je ne suis vraiment pas d’accord avec leur choix numéro 1…Shakira), les films (Forrest Gump) et les séries (Friends). Ce ne sont pas des animaux après tout… Bien au contraire, je les trouve bien plus civilisés que beaucoup d’européens. On a beaucoup à apprendre d’eux. Beaucoup.

Ils nous disent leur envie de partir étudier à l’étranger, de voyager, mais qu’il reviendront. On a besoin d’eux en Palestine. La Palestine est leur terre, leur maison, leur pays. Ils aiment la Palestine. Ils en sont le futur et le savent. La Palestine a besoin de cerveaux. Plus que jamais.
Nous échangeons nos adresses mails et je suis triste de devoir partir. J’aurais pu rester là toute la journée. Ils me donnent espoir pour la Palestine.

Et puis on court pour rencontrer N., de Badil, une organisation palestinienne qui travaille auprès des réfugiés. 531 villages ont été détruits dans la « guerre » de 1948. Aujourd’hui les réfugiés sont dispersés dans toute la région. La résolution 194, passée en 1948, a rendu leur retour obligatoire. Israël a fait l’aveugle. La communauté internationale n’a pas réagi.

Le problème pour Israël, est que s’il acceptait le retour des réfugiés, il y aurait plus de palestiniens que de juifs en Israël rendant la création d’un état juif israélien impossible. Démocratie. Un état pour tous ses citoyens.

On se dirige vers le camp de réfugiés de Deisheh.

On rencontre N., le chef de groupe, fumeur en série aux moustaches fantastiques. Il nous raconte son incroyable histoire. Son droit à quitter la Palestine lui a d’abord été refusé, et aujourd’hui on lui refuse le droit de quitter même Bethlehem. S’il ne peut pas partir, il nous dit, alors le monde viendra à lui. Il a invité des gens de partout dans le monde à venir lui rendre visite au camp.

Ils y ont construit une salle commune. Aujourd’hui utilisée pour des mariages, des conférences… 12000 personnes vivent dans le camp. Il y a un dispensaire de soins. Le projet est maintenant de construire un petit hôpital. Mais ils leur faut de l’argent, et de l’aide pour la construction. Récemment, un des réfugiés de Deisheh a essayer d’être reçu dans un hôpital israélien pour soigner son cancer…le docteur lui a dit qu’il ne pourrait pas le recevoir avant 3 à 6 mois… et des histoires comme celle-là arrivent tous les jours.

En 2002 les Forces d’Occupation Israéliennes (IOF) ont envahi le camp pendant la deuxième intifada. Ils ont instauré 45 jours de couvre-feu et d’ « emprisonnement à domicile ». Un garçon a reçu 50 balles pour ne pas avoir respecté le couvre-feu. L’IOF a quitté le camp après 45 jours. Pas une seule arme n’avait été trouvée pendant les nombreuses fouilles et perquisitions menées. Pas un seul terroriste n’a été arrêté ici. Avant son depart, l’armée a complètement détruit le camp, passant de maison en maison, en détruisant les portes, puis les murs…

On marche jusqu’à un groupe de jeunes palestiniens. L’un d’entre eux sort tout juste de prison où il a passé 5 ans. Il a maintenant 21 ans. Il me propose de venir vivre dans le camp quelque jour, chez lui. Je peux lui apprendre l’anglais, il m’apprendra l’arabe. Il veut aller à Paris, puis Londres… Ses parents n’ont pas été autorisés à lui rendre visite en prison pendant deux ans. Ces gens sont incroyables.

Nous quittons le camp.

Je les aime. Tous.

Il est maintenant 18h11, ça fait deux heures que je suis dans ce cybercafé à vous écrire et écouter de la musique arabe. Il faut vraiment que j’y aille.

Maarhaba.

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