dimanche 11 novembre 2007

JOUR 5

Vendredi 9 novembre, 2007


Ce soir, dîner à l’extérieur, dans une tente de bédouin « commerciale ». C'est très agréable de pouvoir passer quelques heures tranquilles, à manger et parler d’autre chose que du conflit. Ça tombait à pic après ces premiers jours, longs et chargés en émotions. On avait bien envie de sortir faire un tour après manger, mais les jeudis soirs de Bethlehem sont plutôt calmes. Finalement on décide d’aller tagger le mur.

Au moment de repartir, des soldats des F.O.I. nous attendent un peu plus loin. On stresse un petit peu au début et puis on réalise vite que même si ils savaient qu’on venait de graffer le mur, ils ne pourraient pas y faire grand-chose. Ils commencent à parler et nous disent, en montrant des tas de pierres au sol, « Regardez ce que les arabes font » Quand je mentionne que si le mur n’était pas là les pierres ne seraient sûrement pas là non plus, ils ne répondent rien. Ils sont très jeunes. Ils nous accordent que ce mur est très laid, mais qu’il est nécessaire à la protection des juifs. On les salue et reprend notre route vers l’hôtel. Quelques centaines de mètres plus loin on tombe sur un officier de police palestinien. Ils travaillent à 300 mètres les uns des autres mais ne se voient et ne se parlent jamais. La situation paraît devenir de plus en plus absurde.

BIL’IN, MANIFESTATION CONTRE LE MUR

Aujourd’hui, deux autres personnes et moi décidons de nous séparer du groupe pour aller à Bil’in assister à la manifestation non-violente contre le mur du vendredi. La manifestation de Bil’in a été source d’inspiration pour tous les palestiniens. Lapremière édition s’est tenue il y a trois ans, elle a été bien suivie et a obtenu quelques résultats. Récemment, la cour suprême a decide de modifier (un petit peu) le tracé du mur. Cela a donné de l’espoir au palestiniens.

Comme nous l’a conseillé R., jeune militant activiste hollandais, nous sautons dans le bus 18 de Jérusalem à 8h35. Mais à 9h00 on se rend compte qu’on l’a pris dans la mauvaise direction. On en saute et traverse la route pour attendre le 18 qui va dans le sens opposé. À 10h00 on est seulement 5 dans le bus : nous trois, un soldat israélien et un autre homme. C’est lui qui nous demande où nous allons. « Ramallah ???!! Vous êtes fous?! C’est le territoire arabe là-bas!” Le bus nous dépose au terminus. Où sommes-nous? Sûrement pas à Ramallah. J’appelle R. “Vous avez pris le bus palestinien?” Merde. Quels cons. Il y a évidemment deux bus numéros 18, l’un palestinien et l’autre israélien. On a pris le mauvais. On doit alors reprendre un bus qui lui nous emmène à une station de taxis. On saute dans un, le chauffeur est israélien et ne peut donc pas aller à Ramallah. Il ne veut pas de toute façon. Il n’aime pas les arabes. Je lui demande s’il est déjà allé à Ramallah rencontrer des arabes. Évidemment pas. Il finit par me dire qu’il habite dans quartier d’israéliens arabes (palestiniens détenant la nationalité israéleinne). Je lui demande alors s’il a des amis arabes dans son quartier. Non plus. Mais il parle à des arabes, et certains travaillent dans sa maison. Et vous avez déjà eu des problèmes avec eux ? Je demande. "Aucun". Il s’entend bien avec les arabes isaréliens, mais n’aime pas les arabes… Pas facile à comprendre. Quand je le lui fait remarquer, il dit que les arabes de Ramallah sont différents. On arrive au point de contrôle. Il nous dépose. Je lui dis que j’espère revenir un jour, et qu’il sera venu ici rencontrer les arabes et se faire des amis. « Utopie » il répond. Je le salue et lui promets de lui envoyer une carte de Ramallah. Après le checkpoint on grimpe dans un taxi palestinien.

On lui dit qu’on veut aller à Bil’in, et vite. Il “est déjà 11h00. On a quitté Jérusalem il y a presque deux heures. Notre chauffeur est très cool et m’apprend quelques autres mots arabes et conduit comme un fou. J’aime. Ana barhob musica Arabiya. On arrive enfin à Bil’in, il est midi. Quel périple.

On rencontre les autres manifestants, des gens du village et beaucoup d’étrangers. Je tombe su run français de Paris. La marche commence, nous sommes environ 150. Enfants, femmes, vieux, jeunes… et très vite, la fête commence. Après seulement 10 minutes on apperçoit les soldats de la F.O.I. ils sont environ 25 et n’attendent pas longtemps avant de tirer les premiers gaz lacrymogènes dans notre direction. Ça fait super mal putain. D’abord ça vous brûle les yeux, et puis ça descend dans la gorge et vous empêche de respirer. Les soldats ont l’air de bien s’amuser et ne s’arrêtent pas de tirer. Balles en caoutchouc et gaz lacrymo. On se disperse mais ça ne les arrête pas. J’ai perdu A.. Quand je le retrouve il saigne assez abondamment de derrière la tête, touché par une douille de gaz lacrymogène. Très vite un docteur arrive et lui dresse un bandage. Je réalise que le docteur est M. Barghouti (homme politique et chef militaire palestinien). Incroyable. Une poignée d’enfants utilisent des frondes pour jeter des pierres aux soldats. Ils ripostent d’une salve de vraies balles dans les airs. Effrayant. Tout ça dure à peu près une heure. Mes yeux sont cramés, mon nez fuit et je ne peux pas m’arrêter de cracher.

On décide de retourner à pied au village. Une marche calme et paisible. Soudain, sans aucune raison, les soldats nous chargent à nouveau… certains tirent des gaz, d’autres, allongés, des balles en caoutchouc. Ils sont fous ou quoi ? Ils aiment ça, vraiment. Ils sont jeunes et s’emmerdent. C’est leur occupation. Il est difficile de ne pas les haïr. Mais je ne peux m’empêcher de penser que ce n’est pas leur faute, qu’ils sont pris dans l’engrenage d’un système pourri, que le problème est ailleurs, bien plus loin, bien plus profond.

On arrive finalement au village. On mange un falafel et discute avec un groupe de gamins qui veulent nous vendre de l’art palestinien. Je leur chante la DAM song « da dam dadadadam dadam dadadadam », et comme ils trouvent ça vraiment drôle je continue, je m’emballe même et m’embarque dans un très mauvais numéro de human beat box. Ils adorent. J’ai trouvé un très bon public.

Quelqu’un nous propose de nous deposer en voiture. On est rejoint par une américaine extraordinaire, qui a 65 ans et était en première ligne de la manif tout à l’heure… mais faut dire qu’elle est bien équipée et qu’elle fait ça depuis des années.

On grimpe dans un bus où on rencontre un couple de retraités français. Ils ne sont pas très renseignés sur le conflit, alors je les informe de la situation et leur propose de passer avec nous à pied le checkpoint suivant. Les étrangers sont autorisés à rester dans le bus au passage des points de contrôles, pas les palestiniens. Beaucoup d’étrangers décident de passer les checkpoint à pied en signe de soutien. Et ça emmerde toujours les soldats de la F.O.I.

Quand on rejoint finalement le groupe, il est en train d’écouter le récit d’un ancien soldat israélien qui a refusé de combattre dans les territoires occupés. Il fait parti d’un groupe incroyable de soldats comme lui, sujets à la colère de leurs pairs pour n’avoir pas voulu combattre les palestiniens. Y. doit nous quitter maintenant. Aujourd’hui c’est Shabbat.

H. du centre d’information alternative nous rejoint maintenant, et nous donne son étonnante analyse du conflit. Pour lui la seule solution viable est celle d’un seul état. Cela signifie la fin d’Israël en tant qu’état juif. Pour lui, cet état est par définition un état raciste.

Fin de la journée. Tout devient de plus en plus incroyable. Quand cette terrible et injuste occupation va-t-elle s’arrêter ?

Là je suis à Jérusalem, dans un cyber café, j’écoute musique Arabiya. Je suis crevé. Physiquement et émotionnellement.

Tisbah al khair.

samedi 10 novembre 2007

JOUR 4 (suite)

JEUDI 8 NOVEMBRE, 2007



BEDOUINS JAHALIN (quartier Azaria)
Nous rencontrons A. du ICAHD. A. est née en Afrique du sud où elle était très impliquée dans la lutte anti-apartheid. Elle nous dit que la situation est bien pire ici. En Afrique du sud, le régime blanc avait besoin de la main d’œuvre noire, ici en Palestine, Israël ne donne pas de travail aux palestiniens. Et de plus en plus de travailleurs étrangers émigrent ici.

Lors d’une récente rencontre avec des survivants de l’holocauste, ceux-ci ont confié à A. qu’ils n’auraient jamais imaginé voir une chose aussi horrible que celle qu’ils avaient vécue se répéter.

Les bédouins sont des réfugiés de Negev, région désertique du sud. Aujourd’hui ils vivent tout près de la décharge de Jérusalem Est. Quand le vent tourne, l’odeur est difficilement supportable. Ils adoreraient une maison avec l’eau courante, l’électricité… ils ne sont pas des romantiques nomades.

On arrive finalement à un camp de réfugiés. Et nous voilà tout d’un coup dans un pays du tiers-monde. Des tentes, des ordures partout, des enfants pieds nus. À l’horizon, sans trop d’effort, on distingue les belles maisons blanches des colons israéliens. C’est difficilement concevable. C’est de la science fiction.

Cette tribu (ne vous méprenez pas, tribu ne signifie pas « cannibales nus avec lances et couteaux »… ce sont des gens civilisés). Les bédouins sont vraiment un peuple particulièrement noble, paisible, leur parole est leur honneur, ils ne vous tromperont jamais. Malhereusement, difficile de perpétuer ses valeurs face à la pression de l’occupation, à la misère, au chômage…

Beaucoup sont sujets à des problèmes d’addiction (à la drogue, à l’alcool) et c’est un phénomène né avec leur expulsion de Negev en 1974. Ils se sont déplacés, mais on été forcés à bouger à nouveau pour permettre la construction d’une immense colonie, Maale Adumin. Aujourd’hui les bédouins vivent à Azaria.

Je suis entouré par une bande de gamins pétillants, ils me font marrer, me font des grimaces pendant que j’essaie de me concentrer sur ce que raconte A.. L’un d’entre eux parle anglais, il n’a que 7 ans. Apparemment ils n’aiment pas vraiment mes tatouages. Ils ont l’air d’en avoir peur. À plusieurs reprises ils frappent mon bras pour verifier si les bêtes dessinées dessus sont vivantes ou non. Je décide de leur dire d’arrêter. Des volontaires viennent au camp leur apprendre l’hébreux et l’anglais. Ils ont un petit terrain de jeux, et une école.

Soudain un sentiment plutôt agréable m’envahit. Edward Said dit qu’il n’a pas de « chez lui », pas de pays, qu’il n’est pas du tout patriote. C’est ce que je ressens maintenant. Je n’ai jamais senti que la France était « ma maison », l’Angleterre n’est pas ma maison non plus, ni la Palestine, mais je me sens bien ici…

Ici, je veux apporter mon aide, je sens que je peux être utile, donner des cours d’anglais, de français… mais les palestiniens me disent que je serai plus utile en Europe, à temoigner de leurs problème, cette situation tellement injuste et inacceptable. Est-ce égoïste de vouloir rester là ? Des questions existentielles viennent inonder encore un peu plus mon cerveau déjà trop rempli.

A. nous dit que les médias ont laissé tomber la Palestine mais qu’ils ont ignorer plus encore le sort des bédouins. Ce peuple n’existe pas dans les médias. « Banalisation du mal »

Un peu plus tard nous rencontrons I., professeur d’arabe à Jérusalem où il a récemment été interdit d’aller travailler. Ça a duré un an. Aucune raison n’a été donnée.

Je pense: « pourquoi les étudiants ne protestent pas? Pourquoi n’organisent-ils pas une grève, une manifestation… ? »

La plupart des jeunes adultes bédouins nettoient les rues autour de Maale Adumin. Science fiction je vous dis.

Les bédouins sont de pieux musulmans, mais il leur est interdit désormais d’aller prier à la mosquée Al Aksa de Jérusalem. Ils doivent prier au checkpoint. Une humiliation de plus.

L’armée a récemment donné l’ordre de détruire une étable.

On quitte la maison, nous réalisons que ce fut un privilège de passer du temps dans la maison d’un bédouin. Ça ne se fait pas forcément d’habitude..

La journée s'achève. Il faut retourner à l’hôtel, enfiler un nouveau t-shirt, et aller manger. Demain est le jour de la manifestation contre le mur à Bil'in.

Encore un jour qui va sortir de l’ordinaire.

JOUR 4




D’abord je veux vous dire quelque chose que j’ai oublié de vous dire hier. Quand tu quittes Bethlehem par le pont Tantur, tu dois passer un premier checkpoint, et puis t’arrêter 5 mètres plus loin pour ne passer un autre. Ça c’est fait.

Je pourrais écrire et parler d’aujourd’hui pendant trios mois mais je n’ai qu’une trentaine de minutes. Je ne vai pas avoir le temps de me relire, alors encore une fois je m’excuse d’avance des possibles erreurs grammaticales et fautes de frappe.

Aujourd’hui a été incroyable. Pourquoi ? Hébron et les bédouins.

Commençons par Hébron.

HEBRON

Nous rencontrons R., une femme incroyable membre de l’association “Women in black”, du ICAHD, de Mashom Watch et d’à peu près toutes les organisations pour le droit, la paix et la justice qui existent. Avec nous dans le bus elle a dû se cacher à l’arrière car les israéliens n’ont pas le droit d’aller dans le West Bank. La raison officielle à cela est que l’armée ne peut les protéger là-bas (assez ironique quand on sait que les Forces d’Occupation Israéliennes sont omniprésentes dans la région). Mais la véritable raison est que pour le gouvernement israélien, le West Bank (: la Palestine), n’existe pas et que les citoyens israéliens ne doivent pas savoir ce qu’il s’y passe. Pendant que vous lisez, gardez toujours en tête que Hébron est une vile palestinienne. Hébron, très connue pour ses vignes excellentes, et ses colons israéliens ultra-extrémistes.

Environ 4000 palestiniens vivent dans la vieille ville d’Hébron (ce nombre diminue chaque année). Environ 400 colons vivent dans la vieille ville d’Hébron (ce nombre augmente chaque année). La plupart d’entre eux viennent des États-Unis. Ils sont protégés par quelques 1500 soldats. Vous avez bien lu. La première impression que donne Hébron est celle d’une ville israélienne. Les rues sont peuplées de soldats de la F.O.I. et de juifs orthodoxes…Etonnant.

La deuxième chose qu’on remarque est la présence de checkpoint ou de point de contrôle des F.O.I. tous les 300 mètres. Encore une fois c’est fou, Orwellien. Je décide d’aller parler à un soldat posté à l’entrée de la ville. Il est plutôt sympa et assez content de discuter avec moi (malgré mon caméscope qui tourne)

Vous imaginez ma surprise quand je me rends compte qu’il parle parfaitement français. Il est libanais (du sud) et chrétien en plus. Quand je lui demande ce qu’il fait là, à servir les F.O.I., il répond qu’il a toujours voulu s’enroler dans la Force. Il est arrivé en Israël il y a 7 ans, s’est fait naturaliser et a rejoint l’armée. Il lui reste un an de contrat, me confie que ce boulot est vraiment chiant, et qu’il n’a plus qu’une envie, quitter l’armée et aller étudier l’architecture à l’université de Jérusalem.

Il a l’air de quelqu’un de vraiment sympa, cool, il m’offre même un peu de son repas. Et ça me fait bizarre de me dire que ce mec pourrait être un pote.

Je le laisse et rejoins le groupe. Un peu plus loin, une patrouille des F.O.I. procède à l’arrestation d’un palestinien. Les soldats nous défendent de prendre des photos, de filmer, ou de leur parler. Je m’éloigne un petit peu et commence à filmer.

Un peu plus tard nous croisons un gars en jeans et basket, avec une mitraillette. C’est un colon. Ici les colons sont armés. Cet endroit fout la trouille. L’accès habituel, et le plus rapide, à la vieille ville est désormais fermé, et comme tout le monde depuis sa fermeture, on doit faire un stupide détour et marché beaucoup plus que nécessaire pour y arriver.

On arrive à un autre poste F.O.I. et j’engage à nouveau la conversation avec un soldat. Il est si jeune. Il me dit qu’il déteste vraiment Londres. Il me dit aussi qu’il faut être vraiment très prudent parce que ce poste de contrôle est le dernier avant l’entrée dans le territoire arabe, et qu’après cette limite, il ne sera plus là pour me protéger, et que je serai en danger. Là-bas c’est l’Irak, il dit.

Ah, au fait, il n’a jamais posé un pied à Londres, et n'a jamais vraiment parlé à aucun arabe de l’autre côté.

Nous passons alors en Irak, et quelle surprise! Le chaos est plein de vie, d’échanges, de mouvements…

Je discute avec un très vieux palestinien qui ne semble pas arriver à comprendre que ce n’est pas parce que je sais dire A salamu alaykum en arabe, que je le parle couramment. Un autre palestinien arrive et nous sert d’interprète “Regarde, tu as deux pieds et deux chaussures. Peux-tu mettre les deux pieds dans la même chaussure ? »

“L’interprète” me dit qu’il a beaucoup d’amis juifs, qu’il fait du commerce avec eux. Il veut juste vivre, normalement. Rien de plus.

On se balade dans la ville, on passe par le marché couvert… par un filet (les colons ont acheté les maisons qui entourent la place du marché, et de leurs fenêtres, jettent des pierres et des ordures aux palestiniens qui font leur marché. Et « pierres » ne veut pas dire « cailloux ». On remarque même un parpaing. Difficile à croire. Et à comprendre.)

Juste avant de partir, on discute avec un autre soldat, aussi jeune que le précédent, et il nous dit “La vie est dure ici…pour nous » et « Vous êtes pour Israël ? » Quand je lui dis que je suis là pour essayer de voir par moi-même et de comprendre la situation, il me dit que je ne peux pas comprendre, et ne comprendrai jamais. « Des palestiniens ont essayé de nous poignarder il y a deux jours . » Il porte un gilet pare-balle et un fusil M16 « J’ai l’air plus fort qu’eux avec cet équipement, mais je ne le suis pas. » P. du groupe, lui dit "Mais si tu l’es!". Nous devons malheureusement partir. Je sentais que cette discussion aurait pu être très intéressante.

De retour dans le bus. R. nous parle d’un autre mythe qui voudrait qu’Israël traite la femme comme l’égale de l’homme. Quand Israël a été créé, en 1948, Ben Guiron voulait que la famille soit régie par les lois religieuses. Pas de mariages laïques, impossibilité pour une femme de divorcer sans l’accord du mari...

Dans les manifestations anti-occupation la majorité des participants sont des participantes.

Nous quittons Hébron. Ville incroyable. Contraste édifiant entre la partie palestinienne et l’isarélienne.

vendredi 9 novembre 2007

JOUR 3

MERCREDI 7 NOVEMBRE, 2007


Nous commençons la journée avec A. de Maschom Watch, une organisation de femmes qui parcourt les checkpoints pour vérifier que les droits de l’homme y sont respectés (ça n’empêche pas qu’ils ne le soient pas, mais bon).

Les checkpoints sont là pour la sécurité on nous dit. Comment expliquer alors que la plupart se trouve entre des villages PALESTINIENS ? Ça n’a aucun sens. Le tracé du mur est aussi complètement incohérent. Et au fait, ils veulent qu’on l’appelle une « clôture de sécurité ». je n’ai jamais vu de clôture 2 fois plus haute et 3 fois plus large que le mur de Berlin. Et vous ? Ce MUR est énorme. Il traverse des villages. Il traverse des universities. La plupart des commerces ont fermée à cause du mur. Ce mur est une autre « astuce » pour le nettoyage ethnique qui s’opère.

Les colonies ont pris une telle ampleur (Maale Adumin est une véritable ville, avec 4 piscines, un immense centre commercial, un parc…) qu’il n’y plus aucun moyen qu’elle soit démantelées. Le gouvernement assure que cela va dans le sens d’une solution à 2 états, mais les colonies maintenant établies rendent cette alternative impossible.

Nous arrivons finalement à un checkpoint, à L’INTÉRIEUR d’un village palestinien, qui coupe même, en fait, le village en deux. Les voitures ne sont pas autorisées dans le village, alors les villageois se garent à l’extérieur, puis marchent jusqu’à chez eux, avec leur sacs de courses, leurs affaires…

Nous sommes « accueillis » par un inquiétant soldat israélien. Il voit que je suis en train de filmer et ça n’a pas l’air de l’enchanter vraiment, je cache mieux mon caméscope. On veut lui poser des questions mais il refuse. Il nous demande de partir. Maintenant. Je me dirige vers un autre soldat mais “l’inquiétant” et super-armé m’en dissuade. Il est le chef ici. On lui obéit, après quelques minutes.

Notre prochaine étape est l’université de Bethlehem.

À notre arrivée à l’université nous sommes accueillis par les étudiants qui sont très contents que des européens viennent…les voir. Ils parlent un très bon anglais. Ils nous emmènent pour une visite du campus.

D., un des étudiants, explique que ses parents ont dû partir vivre au Koweit car ils ne trouvaient pas de travail ici. Elle habite ici, avec sa sœur.

Quand je demande à A., un autre étudiant, s’il est religieux, il répond:

« Non, je ne le suis pas. Je crois qu’il y a quelqu’un là-haut, mais je prierais avec les chrétiens, les musulmans et les juifs. » Il me dit aussi que sa maison a été démolie 3 fois. Tous les palestiniens ont semble-t-il vécu les mêmes expériences de dépossession, d’humiliation…

Une autre étudiante, infirmière, nous dit qu’il lui est impossible de travailler dans les hôpitaux israéliens (les meilleurs).

Et puis on doit partir. Mais je décide de rester et de déjeuner à la cantine de l’université, avec 4 étudiants et deux autres membres du groupe. On parle de tout sauf de l’occupation et du conflit. Quand je leur demande s’ils ont accès aux emails ils éclatent de rire. Les palestiniens ont des emails, internet, regardent la TV, aiment la musique (même si je ne suis vraiment pas d’accord avec leur choix numéro 1…Shakira), les films (Forrest Gump) et les séries (Friends). Ce ne sont pas des animaux après tout… Bien au contraire, je les trouve bien plus civilisés que beaucoup d’européens. On a beaucoup à apprendre d’eux. Beaucoup.

Ils nous disent leur envie de partir étudier à l’étranger, de voyager, mais qu’il reviendront. On a besoin d’eux en Palestine. La Palestine est leur terre, leur maison, leur pays. Ils aiment la Palestine. Ils en sont le futur et le savent. La Palestine a besoin de cerveaux. Plus que jamais.
Nous échangeons nos adresses mails et je suis triste de devoir partir. J’aurais pu rester là toute la journée. Ils me donnent espoir pour la Palestine.

Et puis on court pour rencontrer N., de Badil, une organisation palestinienne qui travaille auprès des réfugiés. 531 villages ont été détruits dans la « guerre » de 1948. Aujourd’hui les réfugiés sont dispersés dans toute la région. La résolution 194, passée en 1948, a rendu leur retour obligatoire. Israël a fait l’aveugle. La communauté internationale n’a pas réagi.

Le problème pour Israël, est que s’il acceptait le retour des réfugiés, il y aurait plus de palestiniens que de juifs en Israël rendant la création d’un état juif israélien impossible. Démocratie. Un état pour tous ses citoyens.

On se dirige vers le camp de réfugiés de Deisheh.

On rencontre N., le chef de groupe, fumeur en série aux moustaches fantastiques. Il nous raconte son incroyable histoire. Son droit à quitter la Palestine lui a d’abord été refusé, et aujourd’hui on lui refuse le droit de quitter même Bethlehem. S’il ne peut pas partir, il nous dit, alors le monde viendra à lui. Il a invité des gens de partout dans le monde à venir lui rendre visite au camp.

Ils y ont construit une salle commune. Aujourd’hui utilisée pour des mariages, des conférences… 12000 personnes vivent dans le camp. Il y a un dispensaire de soins. Le projet est maintenant de construire un petit hôpital. Mais ils leur faut de l’argent, et de l’aide pour la construction. Récemment, un des réfugiés de Deisheh a essayer d’être reçu dans un hôpital israélien pour soigner son cancer…le docteur lui a dit qu’il ne pourrait pas le recevoir avant 3 à 6 mois… et des histoires comme celle-là arrivent tous les jours.

En 2002 les Forces d’Occupation Israéliennes (IOF) ont envahi le camp pendant la deuxième intifada. Ils ont instauré 45 jours de couvre-feu et d’ « emprisonnement à domicile ». Un garçon a reçu 50 balles pour ne pas avoir respecté le couvre-feu. L’IOF a quitté le camp après 45 jours. Pas une seule arme n’avait été trouvée pendant les nombreuses fouilles et perquisitions menées. Pas un seul terroriste n’a été arrêté ici. Avant son depart, l’armée a complètement détruit le camp, passant de maison en maison, en détruisant les portes, puis les murs…

On marche jusqu’à un groupe de jeunes palestiniens. L’un d’entre eux sort tout juste de prison où il a passé 5 ans. Il a maintenant 21 ans. Il me propose de venir vivre dans le camp quelque jour, chez lui. Je peux lui apprendre l’anglais, il m’apprendra l’arabe. Il veut aller à Paris, puis Londres… Ses parents n’ont pas été autorisés à lui rendre visite en prison pendant deux ans. Ces gens sont incroyables.

Nous quittons le camp.

Je les aime. Tous.

Il est maintenant 18h11, ça fait deux heures que je suis dans ce cybercafé à vous écrire et écouter de la musique arabe. Il faut vraiment que j’y aille.

Maarhaba.

JOUR 2

MARDI 6 NOVEMBRE, 2007


Oh, j’ai oublié de vous dire quelque chose: je filme mon voyage. Du coup c’est dur de prendre autant de notes que je voudrais. J’espère pouvoir organiser une projection du film une fois monté, et que celui-ci sera plus agréable que ce blog. Bref, avançons.

Bien dormi. Réveillé à 4h30 par l’appel à la prière. Son et panorama fantastiques depuis la fenêtre de ma chambre. J’ai pas réussi à me rendormir alors j’ai commencé à lire un truc sur une ONG qu’on a visitée hier. Très informatif.

JERUSALEM

Nous rencontrons J. de ICAHD (Commité Israélien contre les demolitions de maisons).

Visite de Jérusalem afin de prendre conscience par nous-même du réseau de contrôle autour de la ville. La balade dans la vieille ville est envoûtante. Tant de dévouement. Ensuite nous rencontrons A., un colon israélien dont le but est de rendre Jérusalem aux juifs. Il travaille dans l’immobilier. Il vend des maisons à des juifs dans Jérusalem Est. Il est l’employé d’un célèbre juif millionnaire, Moskovic. Il nous dit que son travail c’est sa vie.

Au fait, A. vient d’Angleterre.

Ensuite nous quittons la vieille ville pour Jérusalem Est.

Quel choc ! Il ya quelques minutes nous nous baladions dans ce qui ressemblait de près à une ville européenne développée, et nous sommes maintenant dans un bidonville. Des ordures partout, des routes impraticables, des maisons à moitié démolies. L’état du lieu est catastrophique (rappelez-vous ce que nous disions à propos des services municipaux inégaux).

Nous passons l’habitation de A. au milieu de Sifwan (village palestinien), un énorme et horrible bâtiment en face d’une vieille station de police israélienne. Le gouvernement a passé un accord avec A. et lui vendra bientôt le terrain du vieux commissariat. Oui, les colons travaille VRAIMENT avec le gouvernement.

J. nous dit qu’un tiers des maisons dans Jérusalem Est est sous le coup d’un ordre de démolition. Et celle-ci peut avoir lieu n’importe quand, ne laissant la plupart du temps au familles expulsées que quelques heures pour quitter les lieux.

Nous voilà devant le mur des lamentations. J. est interrompu dans ses explications par un juif orthodoxe qui hurle qu’il est un menteur et soutien les kamikazes palestiniens. J. est prêt à s’engager avec lui dans une conversation moins “juvenile” et sûrement plus constructive, mais son interlocuteur refuse et s’éloigne en criant. Un autre homme m’approche pour me dire qu’il est très content que l’équipe de Chelsea ait un entraîneur israélien.

La nuit tombe sur Jérusalem Est et nous prenons la direction de la maison de S.

La route est tellement endommagée que le minibus se retourne presque. Notre chauffeur n’est pas content. Vraiment pas. La maison de S. a été détruite à 4 reprises. L’ICAHD l’a aidé à reconstruire à chaque fois, mais cela n’a pas empêché que S. et sa famille soient empêchés de vivre dans leur maison.

Du coup, il a décidé d’en faire un centre de paix. Le lieu est dédié à Rachel Corie, activiste américaine tuée par un bulldozer israélien à Gaza.

L’histoire de S. est incroyable. Lui et sa famille ont tant souffert. Il a été tabassé devant ses enfants. Sa fille, suite à des maltraitances, a perdu la vue pendant une journée. Son fils a souffert de multiples fractures lors de la destruction de leur maison. S. nous dit qu’il demande uniquement que son droit à vivre dans sa maison soit respecté, comme nous, comme vous. Il n edemande que le droit à vivre en paix. À aller travailler sans être harcelé.

On nous offre un délicieux repas, et on rencontre d’autres étrangers. On décide de se rendre ensemble à la manifestation contre le mur à Bil’in.

Enfin il est l’heure de rentrer à l’hôtel.

On reste dans le salon un petit peu, il y a tant à dire, à raconter.

Bonne nuit.

JOUR 1

LUNDI 5 NOVEMBRE, 2007

Ahlan wa Sahlan.

En Palestine depuis maintenant 3 jours.

Pas le temps de venir avant pour commencer à écrire.

Il y a tellement à dire.

Avant de commencer à vous raconteur mes aventures quotidiennes, je voudrais juste vous dire une chose : les palestiniens sont des gens incroyables. Les gens les plus gentils que j’ai rencontré jusqu’à présent dans ma vie.

Je n’ai jamais été offert autant de café, thé arabe, vin, baklawa. Il n’y a que 3 jours que je suis là mais déjà je sais que ce voyage restera en moi, pour toujours.

Encore une chose à propos de ce blog : comme je n’ai que peu de temps, je veux m’excuser d’avance du délai des mises à jour, du délai d’écriture et des fautes de frappes probables.

Ok, allons-y.

On a quitté Heathrow à 22h30. Le vol s’est bien passé. Nous sommes arrives à Ben Gurion avec trente minutes d’avance. Nous avons passé les contrôles de sécurité sans problème.

« Le nom de votre père ? », « Pour combien de temps vous êtes là ? », « Quelle est votre religion ? » sont les seules questions qui ont été posées. Je m’attendais à bien pire.

Un bon départ. Un temps magnifique.

BETHLEHEM

Notre hôtel est le seul qui soit resté ouvert à Bethlehem pendant la dernière intifada.

Lors de notre première rencontre avec le groupe à l’hôtel on met quelques choses au point. Il faut préserver l’eau u maximum. Les palestiniens en sont presque à court, et doivent acheter leur eau.

Rencontre avec L., de Open Bethlehem

Open Bethlehem a été créé en 2005 à Londres et Washington, juste au moment où Israël commençait la construction du mur de l’apartheid.

L. a été invité a témoigné à la Maison Blanche mais n’a pas pu se payer un billet d’avion.

L., takes us for a tour of Bethlehem.

L. nous emmène pour une visite de Bethlehem. Nous sommes frappés par la présence et la construction de colonies juives de plus en plus proches des villages palestiniens. Les colons descendent dans ces villages et harcèlent les villageois palestiniens pour qu’ils montrent leur permis. Situation Orwellienne. Le célèbre vin Cremisan, vin palestinien, est vendu de par le monde en tant que vin israëlien. Les raisons de boycotter les produits israëlien se font de plus en plus claires.

Puis nous nous rendons au bureau du Wi’am, un centre d’étude de résolution de conflit.

Les gens oublient souvent que les peuples vivant sous occupation souffrent de graves problèmes, notamment psychologiques : le stress entraîne un forte pression du sang, des migraines constantes, cancer, qui s’ajoutent aux conflits intercommunautaires, au chômage…

Il faut aussi rester conscient qu’à la veille de la conference Anapolis, les medias tendent à nous faire croire que la situation s’arrange dans le West Bank, alors que ce n’est évidemment pas le cas. 22 colonnies israéliennes entourent maintenant Bethlehem, les prix ont doublé, le chômage continue d’augmenter, les gens craignent de plsu en plus une nouvelle guerre dans la région (Israël-Iran, Israël-Syrie). Tout le monde est affecté par la situation à Gaza, et craint l’impact de la situtation sur le West Bank.

Pour Wi’am la seule solution est la non-violence.

L’opinion publique doit également prendre conscience que le gouvernement israélien n’autorise pas les israéliens à se rendre dans le West Bank. Pour ce qui les concerne, la Palestine n’existe pas. Les palestiniens sont appelés « arabes ». La Palestine est tabou. Mais il faut également savoir que le mur et les points de contrôle (checkpoints) sont aussi cachés aux citoyens israéliens.

S. de Wi’am nous dit « Nous ne voulons pas que vous soyez pro-palestinien, nous voulons que vous soyez pro-justice. » Message de paix incroyable venant d’un peuple qui souffre autant. Les palestiniens répètent qu’ils n’ont rien contre les juifs, qu’ils vivaient ensemble, côte à côte, qu’ils avaient beaucoup d’amis juifs. Le responsable est le gouvernement israélien.

Nous retournons à l’hôtel où nous nous entretenons avec G. du Centre Palestinien pour le rapprochement des peuples. L’appel à la prière démarre. Merveilleux et envoûtant. On entend à peine G., mais on s’applique. Encore une fois c’est un message NON VIOLENT qu’il nous deliver. Malheureusement ce n’est pas ce que les médias montrent des actions palestiniennes. La première intifada, en grande partie non-violente, a été quasiment effacée de la mémoire collective. Toutes les actions de résistance non-violente (jeter des pierres sur des chars n’est pas de la violence), les alternatives créatives de lutte contre l’occupation…tout cela n’a pas existé. La période entre 1987-1996 (année du premier attentat suicide) a été passée sous silence, n’a pas existé pour l’opinion publique.

La ville de Beit Sahour a lancé un mouvement de boycott traduit par le refus des habitants dde payer leurs taxes (il faut savoir que les palestiniens payent autant, sinon plus, de taxes que les israéliens, mais aucun service municipal ne leur est offert. Pas de ramassage des ordures, pas d’entretien des rues et routes…) Beit Sahour a dû faire face à 42 jours d’ « emprisonnement à domicile » (« house arrest » : interdiction aux personnes de sortir de leur maison), à de multiples couvres-feu, à la confiscation de biens personnels (voitures, ordinateurs…) et à la fermeture de magasins. Quelle est l’efficacité sécuritaire de ces manœuvres ?

Avant de rentrer à l’hôtel, nous décidons, avec une petite partie du groupe, de visiter un orphelinat à Bethlehem. Nous sommes encore une fois très bien reçus, même s’il est 19h et que nous arrivons à l’improviste. L’orphelinat accueille des enfants âgés de 6 semaines à 6 ans. À notre arrivée ils sautent de joie, se jettent dans nos bras. Déchirant. Mon caméscope les fascine, ils se regardent dans l’écran LCD, ils adorent. Je demande à la responsable combien d’enfants sont effectivement adoptés. Elle ne peut répondre. Ces chiffres sont gardés secrets. Elle ne me dira pas pourquoi. Enfin nous devons partir, mais les enfants ne nous laissent pas. Très dur. Pourquoi faire des enfants quand déjà tant d’entre eux ont besoin de parents ?

Après avoir dîner à l’hôtel quelques uns d’entre nous repartent avec S. notre chauffeur et guide. Il nous emmène dans un café palestinien très sympa où nous fumons le narghileh. Parfait remède à une journée aussi longue.

C’est l’heure d’aller au lit. Aussi crevé qu’heureux. JE SUIS EN PALESTINE!

Tisbaah al khair.